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Les Sentinelles des Mers

Par Guy Detienne


Le phare du Millier : présentation.


La maison-phare du Millier est située sur un cap, la pointe du Millier, commune de Beuzec-Cap-Sizun (Finistère sud).
Cette maison a été construite en 1880 en bordure de la falaise, soit 34 m au dessus du niveau de la mer. Le phare est une tour semi circulaire encastrée au milieu de la façade nord de la maison du gardien.

Lors de sa mise en service (le 15 mars 1881), la maison est habitée par le gardien et sa famille.
Le feu est constitué d'une mèche trempée dans du pétrole, plus tard, la mèche est remplacée par un manchon. Son électrification est réalisée en 1965 et il est automatisé en 1993.

La description de la maison-phare est ici.

L'intérieur de la maison-phare.

La porte d'entrée de la maison est située au milieu de la façade sud et donne sur un vestibule.

La partie habitation est située sur cette facade.

La porte en vis à vis est la porte de service.

Une fois franchie, on accède à la lanterne par un escalier tournant en fonte. Cette porte est fermée et l'accès est réservé aux techniciens des Phares et Balises.

La porte de gauche dans ce vestibule donne sur une pièce possédant une cheminée. Cette pièce est la cuisine et la pièce de vie. A l'arrière, il y avait une cloison et contre celle ci un escalier. Les deux ont été retirés (mérule). La petite pièce du fond servait au stockage du pétrole.

La seconde pièce de l'habitation est la salle à manger. Elle ne servait que lors de grandes occasions.

Une cloison a également été retirée. Celle ci séparait la salle à manger d'une chambre d'appoint.


Deux grandes chambres et la salle d'eau se trouvaient à l'étage, au même niveau que la lanterne. Celle-ci n'était pas accessible par l'habitation.

Les photos de l'intérieur datent de 2014 et elles ont été faites lors d'une exposition d'art contemporain.

Channig, récit d'une enfance au phare ....
Mon père, Bernard Malgorn, est originaire de Ouessant. Il a été gardien de phares dans les "enfers", les Pierres Noires, Ar-Men, la Jument et Kéréon.
En 1945, il obtient le poste de gardien au phare du Millier et, en novembre, il embarque sa petite famille (ma maman et ma soeur de 3 ans), ses meubles et ses vêtements sur un bateau de pêche pour Douarnenez.

J'arrive au monde en février 1946, à la lumière d'une lampe à pétrole. Le médecin (qui habitait à plus d'une dizaine de kilomètres) était venu "avec sa moto sur le dos" comme il aimait à me le redire bien souvent. Evidement, comme il n'y avait pas de route, c'était le meilleur moyen.

C'est donc dans cette maison phare que j'ai grandie.

Ma journée type était assez remplie.

Le matin, lorsque je me réveillais, comme mon père était au phare depuis pas mal de temps, je prenais mes vêtements. Je passais faire un bisous à maman dans la chambre de mes parents et je descendais dans le couloir pour prendre l'escalier qui menait au phare, sans avoir à sortir de la maison.

Pour monter au phare, il y avait peu de marches mais l'escalier était "raide" un peu comme une échelle et, je crois, en fonte.

Là-haut, je passais pas mal de temps avec papa : moments privilégiés. Après m'avoir habillé, il me donnait "le gros livre" (lisez le dictionnaire) que je feuilletais tous les jours avec beaucoup de plaisir. Heureusement qu'à l'époque il y avait de nombreuses images à chaque page parce que je ne savais pas lire, bien sûr c'était avant que j'aille à l'école.

Pendant ce temps là, le jour venant de se lever, le feu était éteint, mon père remplissait le registre du phare.

Ce registre était tenu au jour le jour (à l'encre et sans grattage). C'était la mémoire de la vie quotidienne au phare. Tout y était porté : heure d'allumage et d'extinction, relevés météorologiques, vitesse et direction des vents, état de la mer, etc...

Il lui restait encore à vérifier le pétrole pour l'allumage de la lampe, nettoyer l'optique, astiquer les différents cuivres : lampes de chauffe, rampe de l'escalier.

Après avoir feuilleté et regardé le gros livre, je demandais à sortir sur le chemin de ronde

Malheureusement, on trouvait assez souvent des oiseaux morts après s'être cognés et assommés sur les vitres du phare, sans doute éblouis par la lumière de celui-ci. Mon père n'était jamais loin : la rambarde me protégeait mais on ne sait jamais.

Toute la journée je "collais aux basques" de mon père et c'était mieux ainsi car ça pouvait être dangereux de se promener autour du phare pour une gamine qui, comme beaucoup d'enfants, n'avait peur de rien.

J'aurais très bien pu dépasser la petite murette qui entourait la maison et le phare ou même monter dessus et me fracasser contre les rochers en bas. J'ai laissé peu de répit à mes parents. Je marchais très tôt, et parait-il, je voulais toujours aller dehors faire le tour du phare.

Finalement mon territoire était restreint. C'était donc, pour mes parents, une surveillance constante.

Parfois les fortes houles, dont les crêtes étaient blanchies d'écume, venaient se briser sur les rochers en contre bas. Sinon, j'avais une vue imprenable sur la baie de Douarnenez et sur les sardiniers qui sortaient ou rentraient au port (suivant l'heure) car je revenais de temps en temps dans la journée, toujours accompagnée.

Ca m'arrivait d'avoir un "passe-droit" celui de suivre, à la longue vue, le ballet des mouettes aux cris stridents, dans le sillage de ces bateaux rentrant au port. Plus près des rochers, il nous arrivait de voir des cormorans, rasant l'eau en battant des ailes. Ces oiseaux noirs dont on ne voyait que le cou dépasser de la mer plongeaient pour capturer une proie. Le poisson pris, ils le remontaient dans leurs becs crochus et poursuivaient leurs vols à la recherche d'un rocher.

Le vent, parfois très fort, les embruns (dont je me souviens particulièrement) m'obligeaient à retourner à la maison...

En parlant des embruns, je me rappelle comme c'était difficile de faire sécher le linge. Il fallait même, souvent, le relaver (à cause des embruns....) et à la main.

Comme on n'avait pas d'électricité jusqu'aux années 60 pour la maison et 65 pour le phare (bizarre ! !), il a fallu y mettre de l'huile de coude. Par contre, on avait le téléphone. Il nous avait été installé quelques heures après ma naissance, simple coïncidence. Il était aussi mis à la disposition des "voisins" uniquement pour appeler le médecin, le vétérinaire ou le curé pour les derniers sacrements.

Pour ce qui est du réfrigérateur, le nôtre fonctionnait au pétrole. C'était un mastodonte dont la température pouvait descendre très bas, une sorte de congélateur-frigo.
Il nous fallait ça pour pallier aux inconvénients de l'isolement. Les poissons (frais et salés), les moutons (venus bébés d'Ouessant et que nous élevions), les quelques poules (pré-salées elles aussi) ne suffisaient pas toujours à notre consommation.

Et l'eau me direz-vous. Jusque dans les années 60 nous ne possédions qu'une citerne pour recueillir les eaux de pluie des toits. Comme chacun sait "il pleut souvent en Bretagne..." donc elle était rarement à sec. L'eau passait dans 2 petits bassins de décantation avant d'arriver dans la citerne. En période de sécheresse, l'approvisionnement se faisait par camion citerne des Ponts et Chaussées dont nous dépendions.


Pour le garçon manqué que j'étais ...... quelques années plus tard, ma plus grande joie était d'accompagner mon père à la pêche. Un bonheur tout simple ..... Il suffisait que maman dise : "qu'est-ce qu'on mange ce midi ?" Traduisez : "quel poisson allez-vous pêcher aujourd'hui" et on partait, tous les deux (toujours cette complicité !) avec la ligne ou la gaule, un seau qu'on allait remplir de poissons (ce qui ne faisait aucun doute !) sans oublier la "gravette" (les appâts vivants pour la ligne) que nous avions été chercher à Pont-Croix ou dans la vase à marée basse.

A Pont-Croix, nous y allions à vélo, tous les deux, un matin aussitôt l'extinction des feux. Toutes nos journées se passaient en fonction de l'extinction mais surtout de l'allumage du feu.


Presque tous les jours, dans l'après-midi, on prenait, mon père et moi, l'un devant l'autre, le petit chemin des douaniers, que nous avions élargi en y passant jour après jour, pour aller chercher le lait à la ferme. Dans la lande, entre les tapis de bruyères violettes, les arbrisseaux jaunes des genêts et ajoncs, on arrivait chez nos voisins les plus proches. En repartant, nous prenions quelques fruits sur l'arbre ou nous ramassions quelques mûres, de quoi faire le chemin inverse sans avoir un petit creux.

Il n'était pas rare de nous entendre chanter au dessus de la plage où le long de la côte. Notre seul public était les quelques lapins ou lièvres qui détalaient devant nous ...... ou les mouettes et goélands qui volaient au dessus de nos têtes. Toujours sur le chemin qui nous ramenait, j'aimais tout particulièrement, les histoires que me racontait mon père (histoires réelles de son île natale ou alors lues dans les livres qui lui tenaient compagnie lors de ses veilles au phare).

Un moment épique aussi : c'était celui de la journée du ravitaillement en pétrole.

Les charrettes des cultivateurs des villages aux alentours étaient "réquisitionnées" pour cet évènement. Elles prenaient le relais de quelques camions venus par la route aussi près que possible du phare. Elles empruntaient le chemin de terre défoncé et tout juste assez large pour le passage d'une voiture à cheval. Parfois elles restaient embourbées avec leur chargement...

Arrivées au phare, il fallait pomper, pomper le fameux pétrole pour le transvaser dans les cuves (travail long et fatigant). La récompense, pour ces volontaires, était au bout du chemin : le repas, largement mérité, et préparé par maman.

De cette enfance je ne garde que les bons souvenirs ...... et ils sont nombreux.

Je vais vous raconter une petite anecdote d'une nuit de Noël. Celle d'une petite fille que j'étais et qui attendait, comme beaucoup de petites filles de son âge, avec impatience, le passage du Père Noël.

Mon père ne pouvait pas s'absenter cette nuit, comme les autres nuits d'ailleurs .... C'était les voisins et amis qui venaient passer la nuit chez nous pendant que les femmes assistaient, au bourg, à la messe de minuit. Ils jouaient aux cartes dans la cuisine.


Papa avait préparé le civet du lièvre tué par un chasseur quelques jours avant. Le repas mijotait au coin de la cuisinière à charbon. Je restais éveillée le plus longtemps possible à attendre le passage du Père Noël. J'épiais les moindres bruits en espérant l'entendre passer par la cheminée et le surprendre avec sa hotte magique.

Lors d'une ronde qu'il faisait au phare, mon père profitait pour remplir les sabots que nous avions pris soin d'aligner devant la cheminée de la salle à manger. Quelques minutes après être revenu, il entendait un hypothétique bruit et je me précipitais pour voir les cadeaux. Devant mes sabots je découvrais une petite brouette en bois, un peu rustique et colorée.

Comme j'étais toujours avec mon père, j'avais vu celui-ci (malgré ses efforts pour dissimuler son ouvrage) fabriquer une partie de cette brouette. Brouette que j'ai reconnue tout de suite.
J'ai beaucoup pleuré cette nuit là,  toute la magie du Père Noël venait de s'envoler...

La partie de cartes s'éternisait...

Le retour des femmes, souvent frigorifiées, et le repas mijoté étaient très attendus. Quel réconfort, surtout pour celles qui avaient assisté à la messe de minuit au bourg et fait tout ce chemin à vélo, bravant la pluie, le vent et le froid parfois.

Avant de rentrer chez elles, elles se délectaient d'un vin chaud (aux pruneaux) qui lui aussi avait mijoté toute la soirée sur le fourneau à "feu continu". Tandis que je montais me coucher avec maman, les hommes continuaient leur nuit dans la cuisine et surtout la partie de carte.

Il n'était pas rare que l'on soit réveillées, aux aurores, par un cri "atout pic" ou autre atout.....
Un autre jour commençait.

Je me rappelle le naufrage d'un bateau de pêche pas loin du Millier.

Mon père venait de sauver 2 pêcheurs au péril de sa vie. C'était en plein mois de novembre et la mer était déchaînée. Il a eu cette phrase magnifique : "j'aurais voulu les sauver tous les 3", puis il mettait en exergue le dévouement de ma mère : pendant qu'il sautait à la mer, elle prévenait par téléphone les autorités puis courait à la ferme la plus proche demander de l'aide.
Il avait fait son devoir mais a eu du mal à s'endormir cette nuit là. Certainement en pensant à celui qui s'en n'était pas sorti. Ca lui a valu une médaille et un témoignage de satisfaction du directeur des Ponts et Chaussées.

Maison-phare ?
C'est un terme que je n'avais jamais entendu dans ma jeunesse. Peu importe, j'y ai passé mes plus belles années surtout jusqu'à l'âge de 6 ans. C'est à cet âge que je suis allée à l'école et, bien sûr, en pension  chez les religieuses.

Je ne rentrais à la maison qu'aux vacances de Noël, Pâques et grandes vacances.

Eh, oui, c'était ça la pension il y a plusieurs années. Et comme il n'y avait pas de route carrossable pour arriver jusqu'au phare il n'y avait pas d'autres solutions.

Un jour mes parents ont demandé à leur ingénieur de leur faire une route. Bien sûr ça leur a été accordé et le jour "J", pendant que mon père faisait sauter, à la dynamite, d'énormes rochers couverts de lichen, nous avons joué à "cache-cache" pour éviter les projectiles. On aurait dit un feu d'artifice de cailloux. Il y en avait partout sur la lande mais au final la route était préparée.

L'équipe des Ponts et Chaussées est venue ensuite la terminer. Mes parents ont commencé à parler "permis de conduire" et moi à penser : la pension c'est TERMINE....mais non !

Dès la 6e, nous avons continué notre scolarité (ma soeur et moi) à + de 40 kms de chez nous : encore la pension mais grâce à la Juva 4 maman pouvait venir nous chercher, une fois par mois, pour le week-end (du samedi après-midi au dimanche soir). On revenait ainsi prendre un grand bol d'air sur ce bout de terre sauvage qui me manquait tellement.
Fini le temps où nous allions au bourg à vélo faire les courses ou à la messe du dimanche. Fini le temps où nous partions du phare avec une tenue de rechange (sur le porte bagages ou dans un sac) qu'on appelait "tenue du dimanche". On se changeait dans une ferme, on y laissait nos bottes et aussi nos tenues souvent crottées..... pas mécontents de mettre des vêtements propres. Au retour c'était l'inverse. Avec la voiture tout cela était terminé. On avait l'air de gens comme les autres.

Mes parents ont passé leurs 23 ans au phare ensemble.

Les remplaçants ne se bousculaient pas pour prendre le poste. C'est un corse qui a, finalement, pris la place. Il a pris sa retraite assez rapidement. Un autre gardien, a tenu le poste quelque temps puis est venu le temps de l'automatisation du phare.

(Extraits de divers blogs)
L'avenir de la maison-phare.
L'automatisation est arrivée, le dernier gardien est parti. L'Administration a fermé les volets et la porte. Le silence a envahi la maison, il est arrivé accompagné par l'humidité. Celle ci a fait lentement son oeuvre.

Depuis, la toiture a été refaite et les facades ont été repeintes. A l'intérieur, comme le montre les photos, l'escalier a été enlevé et les deux murs intérieurs ont été supprimés (mérule ?).

La commune de Beuzec Cap Sizun a souhaité préserver l'habitation du phare pour en faire un lieu culturel.
Voici ce que disait le secrétaire du Maire en 2014 :

"Le phare est toujours en service toutefois la DDTM (phares et balises) a accordé une autorisation d'occupation Temporaire (AOT) à l'association Cap-Acceuil. Dans le cadre d'Art à la Pointe, ils y organisent des expositions l'été.
Le phare devrait passer au Conservatoire du Littoral et à l'issue de cela il y aura peut-être d'autres projets, pour l'instant rien de bien précis."


Fin 2015, l'Association Phare en Cap est créée par quelques bénévoles. Le but du projet est de restaurer et de valoriser de la maison-phare du Millier à Beuzec-Cap-Sizun (29), créer une animation artistique renouvelée régulièrement, créer un évènement annuel. Promouvoir le patrimoine de la Pointe du Millier, grand site de France, et plus généralement du Cap Sizun.

Vous trouverez les informations actualisées sur la page Facebook ou sur le blog de l'association.

Remerciements.
Les textes sont extraits de différents blogs. Je remercie Channig pour la lecture de cette page et son accord de publication.

Les photos sont de Madame Sophie de Roumanie, des membres de l'Association Phare en Cap et JDA Photographies. Je les en remercie également.